[Deutsche Qualität #13] — Edo Saiya, et l’Allemagne se met au cloud rap

Willkom­men zurück ! (Ou bien Wel­come back pour les non-ger­manophones d’en­tre vous) Notre pas­sion pour le Deutschrap ne fait qu’aug­menter, Edo Saiya en est la rai­son dans ce nou­v­el épisode de notre série Deutsche Qual­ität ! Ces dernières semaines, InDaK­lub vous a présen­té des artistes et groupes cultes en Alle­magne avec Shindy, Cro, Kraftk­lub, Pup­pet­mas­taz… Aujour­d’hui, c’est un young­ster bour­ré de tal­ent qu’on vous déniche.

Un passage du rock au cloud rap

Sous le pseu­do­nyme d’in­spi­ra­tion japon­aise, Edo Saiya, se cache Timo Bethke. Le jeune artiste natif de Cologne développe rapi­de­ment une pas­sion pour la musique, et plusieurs gen­res l’in­flu­en­cent. Au rap US se joint l’emo-rock, par moments égale­ment la soul et le jazz. Plus récem­ment, le cloud rap tient sa part dans le style large et poly­va­lent du jeune Timo Bethke.

Après avoir pu dégager son énergie et sa pas­sion pour la musique dans dif­férents groupes de rock, Edo Saiya pense plus loin. Il com­mence offi­cielle­ment à se lancer dans les Rap-bat­tles, mais avec un but bien précis :

« Je ne veux pas juste rap­per pour rap­per, je veux dire quelque chose.

J’ai des exi­gences plus élevées envers moi-même. »

- Edo Saiya pour 16bars.TV

Dans ses morceaux, les thèmes abor­dés par Edo Saiya sont mul­ti­ples, mais reflè­tent par­faite­ment la per­son­ne et l’artiste : on par­le du style de vie mêlant les nuits blanch­es passées, la con­som­ma­tion de stupé­fi­ants et la réflex­ion autour de sa per­son­nal­ité. Le rappeur nous décrit les « highs » de sa vie, les soirées et les drogues, mais nous fait part égale­ment des « lows » — doutes sur soi-même, cha­grins d’amour, phas­es dépres­sives — ce qui donne une note de sincérité à ses projets.

Là où Edo Saiya mar­que des points, c’est sa poly­va­lence. Il refuse de rester sur le même genre de beats, les mêmes moods, il varie beau­coup. Un pari risqué, mais réus­si puisqu’il excelle peu importe la prod, peu importe le genre.

Des inspirations et des genres multiples

Plusieurs artistes inter­na­tionaux nous ont déjà mon­tré que l’é­cart entre le rap européen et le rap améri­cain con­tin­u­ait de se rétré­cir. En écoutant Edo Saiya, cela nous appa­raît évi­dent. On peut apercevoir des simil­i­tudes avec de nom­breux rappeurs améri­cains, qu’il s’agisse des mélodies, de l’at­mo­sphère som­bre et auto­tunée ou encore du style tout court.

Edo Saiya

Ain­si, établir un style bien fixe pour cet artiste relève de l’im­pos­si­ble. Ce qu’on peut vous dress­er, ce sont les dif­férentes facettes du per­son­nage d’Edo Saiya. Durant l’é­coute de cer­tains de ses morceaux, le rappeur orig­i­naire de Cologne me fait penser à Trip­pie Redd ou encore iann dior. Un cloud rap mêlé à des pas­sages plus rock, des refrains chan­tés par moment puis des paroles presque criées dans d’autres.

Dans le même univers, et là aus­si, on peut voir leur influ­ence sur le jeune artiste alle­mand, on pense aux rappeurs qui nous ont quit­té ces dernières années, Lil Peep et XXXtenta­cion. Con­cer­nant le pre­mier, le morceau « High­way » vous donne par­faite­ment une idée de son rap­port avec le New-Yorkais décédé en 2017. « High­way » sort en 2019, mais est actuelle­ment le morceau le plus écouté d’Edo Saiya sur Spotify.

Le titre « Durch die Nacht » (à tra­vers la nuit) ft. Young Richie Rich nous fait qua­si­ment croire à un hom­mage à XXXtenta­cion : les sam­ples vocaux mélan­col­iques, le rythme assez lent et l’at­mo­sphère dép­ri­mante, tout y est. Et comme tout ce qu’Edo Saiya tente, il le réus­sit, on a envie de dire. Sur le même album This was homeEdo Saiya intro­duit le disque avec le titre « Hor­i­zont » en reprenant la bal­lade « <3″ de la chanteuse cana­di­enne Vi. Une entrée en matière douce et à la fois maîtrisée.

Vous l’au­rez com­pris, on est face à un artiste qui est à l’aise avec la poly­va­lence et le mélange de gen­res. Cette diver­si­fi­ca­tion est notam­ment per­mise grâce à une mul­ti­tude de pro­duc­teurs sur lesquels Edo Saiya peut compter. En citant Consent2k, Fuc­mar­ty, Over­shi­aat, Ocean beats ou encore Symtex128, on ne men­tionne qu’une minorité, mais ils four­nissent tous un tra­vail remarquable.

Dans son lan­gage un peu « denglisch » (alle­mand et anglais), on peut voir Edo Saiya pos­er son flow sur des beats à la Metro Boomin ou à la Travis Scott dans Days Before Rodeo (quel clas­sique). Pour une recette plus extrav­a­gante, Edo Saiya ne se retient pas d’in­tro­duire des élé­ments étince­lants du rock, de l’indie ou encore de l’al­ter­natif dans ses projets.

À pro­pos, projets…

10/3 : le ratio, signe de dévouement total

Par­lons peu, par­lons chiffres. Edo Saiya ne com­mence à vrai­ment enreg­istr­er des morceaux qu’à par­tir de début 2018. En trois ans d’ac­tiv­ité, il a déjà sor­ti dix pro­jets. Quelle per­for­mance ! Par­mi ces dix pro­jets, on compte qua­tre EP dont un com­mun avec Felikz, puis six albums. Rajoutez à ceci encore plus d’une quin­zaine de sin­gles et vous aurez la pro­duc­tiv­ité incroy­able d’Edo Saiya au bout du compte.

Et oui, je vous vois venir, la qual­ité doit sûre­ment en pren­dre un coup avec un nom­bre de sor­ties aus­si élevé. Hypothèse infondée jusqu’à preuve du con­traire ; per­son­nelle­ment, je ne peux pas la valid­er. J’ai accroché à une mul­ti­tude de morceaux à tra­vers plusieurs de ses pro­jets. De son pre­mier EP Som­nia en pas­sant par ses albums Dis­tant ou The Entire His­to­ry of You, jusqu’au sin­gle « Fucked up » en feat avec Lil Lano. Il m’a convaincu.

Logique­ment, cette qual­ité con­stante à tra­vers ses dis­ques et ses expéri­ences musi­cales en tout genre n’est pas le fruit du hasard. Edo Saiya vit pour la musique et, plus pro­fondé­ment, à tra­vers la musique.

« C’est ma vie.

Je ne saurais pas quoi faire d’autre de mes journées, si je ne restais pas coincé dans mon stu­dio pour écrire, pro­duire et vibrer.

Le jour où « Bro­ken Dis­plays Bro­ken Promis­es » sor­ti­ra, je vais directe­ment continuer. »

- Edo Saiya en 2018 avant la pub­li­ca­tion de son deux­ième album

Le tra­vail paie tou­jours. Edo Saiya est encore assez mécon­nu sur la scène de rap alle­mande, mais on a l’im­pres­sion que le cloud rap prend de plus en plus d’am­pleur chez nos voisins ger­manophones. De plus, les chiffres d’Edo Saiya sont en hausse constante.

Le rappeur ne voile pas sa fierté à ses 114k fol­low­ers sur Insta­gram à l’oc­ca­sion du Spo­ti­fy #2020ARTISTWRAPPED. Edo Saiya com­pare dans ce post ses sta­tis­tiques annuelles aux années 2019 et 2018. Son nom­bre de streams et d’au­di­teurs a tout sim­ple­ment quin­tu­plé par rap­port à l’an dernier :

« Il y a main­tenant deux ans et demi, j’ai gag­né mon pre­mier cen­time avec la musique, swipez pour voir ce qu’il s’est passé depuis

Mer­ci à cha­cun de vous — on a fait la meilleure chose de cette année »

Son dernier album « LunaR »

Edo Saiya nous sort son nou­v­el opus juste pour la fin des vacances d’été, le 28 août 2020. Puis, c’est ce sen­ti­ment d’été qui est retrans­mis à tra­vers l’al­bum. Ici aus­si, on a un bon mélange de sons plus posi­tifs qui reflè­tent les bonnes vibes et la pos­i­tiv­ité, aux­quels s’a­joutent des morceaux plus doux et mélan­col­iques — « Schmetter­linge ster­ben » (des papil­lons meurent) en est un par­fait exemple.

Le champ lex­i­cal esti­val est évi­dent dès le pre­mier regard sur la pochette d’al­bum : par­mi les dix-sept titres, on peut trou­ver « Backin­la », « Som­mer » (été), « Ozean », « Wenn die Sonne aufge­ht » (quand le soleil se lève), « Sand » (sable), « Neue Hor­i­zonte » (nou­veaux hori­zons)…

On par­le de vacances, des bonnes vibes au bord de la mer, mais aus­si des longues nuits sous les étoiles et la lune à réfléchir au sens de la vie. Vous l’avez sûre­ment déjà vécu ce moment-là, où on rêve tout sim­ple­ment d’é­ter­nité. Le morceau « Ewigkeit » souligne ce sen­ti­ment, où Zygn  accom­pa­gne Edo Saiya.

D’autres rappeurs sont invités sur ce disque, par­mi eux : LUIS, Olson et Kid Cairo. Ce dernier réus­sira le morceau le plus écouté de LunaR, « Ozean » avec plus de 2,1 mil­lions de streams sur Spo­ti­fy. Allez absol­u­ment décou­vrir cet album qui atteint le meilleur classe­ment de la car­rière d’Edo Saiya: une 4ème place dans les tops albums en Allemagne.

Pas de fin d’an­née sans Edo Saiya cepen­dant, il y a seule­ment quelques jours, « FILM » est sor­ti sur toutes les plate­formes. Avec bad­chi­eff, les deux s’har­monisent admirablement :

 

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